CORPUS : documents 17 à 19

DOCUMENT 17

LETTRE D’ERIC DE BISSCHOP A GASTON HENRY-HAYE

23 octobre 1941

 

Dactylographie.

 

 

 

TRANSCRIPTION

AGENCE CONSULAIRE DE FRANCE

Honolulu

Territory of Hawaii

U.S.A.

 

                        23 octobre 1941,

 

Eric de Bisschop, Agent consulaire de France à Honolulu

A

Son Excellence Henry HAYE, Ambassadeur de France
à Washington

 

Monsieur le Ministre,

 

Vous voudrez bien excuser la liberté que je prends de vous
écrire quand je vous dirai qu’à mon départ de Vichy, le
Maréchal me conseilla de prendre directement avis de vous,
si l’occasion s’en présentait : c’est le cas aujourd’hui.

 

Dès mon arrivée en Amérique, je fus péniblement surpris
de l’importance qu’avait prise la Propagande de la « Fran-
ce Libre ? », et révolté par l’ignominie de certaines attaques
dirigées contre le Maréchal. – Il me sembla bientôt qu’ex-
istaient, pour combattre l’une et empêcher l’autre, deux
lignes de conduite « officielle » très différentes :
une première, franche, loyale et courageuse qui consistait
à condamner simplement ce que la Maréchal lui-même condamne,
et à en exposer ses raisons ---- la deuxième, d’apparence
plus politique (ce qui ne veut pas dire plus adroite) qui
professe de ménager les susceptibilités et, en gardant cer-
tains contacts, de ramener l’Opinion à la France.

La première, je le crois, est la vôtre ; elle est, en tous
cas la mienne.

 

Dès mon arrivée ici, je crus ne pas devoir aussitôt prendre
nettement position. L’attitude outrageante, contre la France
du Maréchal, ouvertement prise par notre ex-Agent Consulaire
Mr Pecker me fit bientôt changer d’avis (Ce Monsieur,
étrangement assez d’ailleurs, arbore toujours avec fierté
sa Légion d’Honneur ?).

Pour tâter l’opinion publique, je permis à ma femme d’écri-
re, pour la Presse locale, un article à la Défense du Maré-
chal ; cet article, que je vous communique ci-joint, eut un
considérable succès. Dès après sa parution, je fus invité
à faire dans de grandes Ecoles d’ici des Conférences sur
la « vraie » situation de la France, sur les « vraies » causes
de son désastre, ainsi que sur le mouvement « Free French ».
Inutile de vous dire que j’eus, surtout pour cette dernière
partie du programme, à laisser percer quelques réflexions
amères sur notre ancienne Alliée. Les réactions furent cha-
que fois parfaites et je fus, chaque fois, remercié d’avoir
su, en présentant des faits précis, éclairer enfin la situation.

 

FEUILLET 2


Cette position que ma conscience m’avait commandé de
prendre ne pouvait avoir qu’une influence strictement
locale.

Or, je puis avoir aujourd’hui l’occasion de diffuser
dans toute l’Amérique quelques vérités et d’avoir l’hon-
neur de devenir un plus actif défenseur du Maréchal et
de sa politique : je viens, en effet, de recevoir une
lettre de Collier’s à ce sujet, que je vous communique
ci-joint.

Etant donné la diffusion de ce Magazine et la position
d’Agent Consulaire que j’occupe ici, je ne puis prendre
une décision de cette importance sans être en complet
accord avec Vous.

Pour vous éclairer sur mes opinions relatives aux
Relations extérieures actuelles de la France, je ne crois
mieux faire que de vous communiquer quelques pages d’une
de mes Conférences. (ci-joint).

 

Je profite de cette lettre, Monsieur le Minis-
tre, pour vous demander si vous avez eu connaissance d’un
rapport que j’envoyai le 10 Août à Monsieur Willy Georges
Picot au sujet de nos Etablissements Français d’Océanie.
Mr. Denis, en route pour Saigon, (que vous avez, je crois,
rencontré à Washington) m’avait appris, à son passage ici,
le départ très prochain de Monsieur de Boisanger, mon Chef
direct. Comme je ne voulais aucun retard pour cette commu-
nication importante, il me conseilla de l’adresser direc-
tement à l’Ambassade à Mr Picot ; ce que je fis.

D’après l’accusé de réception de la Poste, ma lettre est
bien arrivée en son temps à destination, mais n’ayant
reçu la moindre réponse, j’en suis venu à penser, ou que
Mr Picot avait quitté l’Ambassade, ou que sa réponse
s’était égarée.

Ce Rapport avait trait à une action actuellement possible
de la France, action qui bien conduite pourrait resserrer
les liens entre Washington et Vichy (surtout après l’in-
cident d’Indo-Chine) et nous donnerait pour l’avenir le
maximum d’assurance pour le maintien de notre souveraine-
té dans ce coin de Pacifique. Tahiti et ses Dépendances
pourraient même bientôt revenir sous notre Contrôle, au
plus grand avantage et bien-être de nos Indigènes.

 

 

Quand je quittai Vichy, le Maréchal et la Maréchale
me conseillèrent vivement d’aller, dès notre arrivée en
Amérique, vous saluer. J’ai regretté et regrette de plus
en plus de n’avoir pu le faire : la raison en fut des plus
misérables… Comme vous le savez probablement les frais
de mon voyage et celui de ma femme me furent offerts par
le Maréchal, sur sa cassette personnelle.

 

 

FEUILLET 3


(les Affaires Etrangères n’envisageant pas en effet ces
frais pour les Agents Consulaires). Or, à notre arrivée
à New York, il apparut bientôt évident que nous avions
juste « de quoi » atteindre Honolulu.. ce que nous avions en
conséquence à faire au plus vite (nous n’avons aucune
fortune personnelle, et je vis, ici, en attendant des jours
meilleurs dans ma belle famille.)

 

Ma femme, admiratrice enthousiaste du Maréchal,
qui souvent remarqua par certains communiqués de Presse
et aussi, hélas, par certaines attaques dirigées contre vous
que vous apparteniez à cette première catégorie de Français
dont je parle au début de cette lettre, me manifesta souvent
son désir de vous dire son admiration.. Je l’en dissuadais
chaque fois. Je suis obligé, aujourd’hui, ayant à vous
écrire, à me faire son interprète… Ce que femme veut !......

Inutile de vous dire que je me joins de tout cœur
à elle, je vous demande simplement, en recevant mon
témoignage d’admiration et d’estime, de bien vouloir
oublier qu’il vient d’un Agent Consulaire sous vos ordres,
mais d’un homme qui admire le Courage sous toutes ses
formes et qui a pour le Maréchal une affection sans
limites.

 

Permettez moi, Monsieur le Ministre, de vous assu-
rer de mes sentiments respectueux et les plus dévoués

 

 

(signature manuscrite)                      E. de Bisschop


DOCUMENT 18

TAPUSCRIT D’UNE CONFERENCE D’ERIC DE BISSCHOP

DATE : ANTERIEURE AU 23 OCTOBRE 1941

 

Texte dactylographié sur machine américaine (corrections manuscrites)

 

 

TRANSCRIPTION

 

(manuscrit)

 

CONCLUSION
              d’une Conférence faite par

                                      Eric de BISSCHOP

 

 

 

Cette Ame que la FRANCE avait perdue, elle l’a aujourd’hui retrouvée
avec son Maréchal, son Chef, son Guide, son Père.

Non seulement notre CHEF a pu éviter, par son seul prestige, la
Guerre Civile, conséquence inéluctable de toute défaite militaire,
mais il a réalisé ce prodige : tous les Français ont, dans le
malheur, repris conscience de la Force que créent des cœur qui
battent ensemble.

 

……………………………………………………………………………………………..

 

On me demande souvent : Quelle est la Politique d’avenir du Maré-
chal ?

Il nous le fait connaître lui-même dans ses admirables Appels au
Peuple Français.

‘’D’abord ..refaire la FRANCE,’’----‘’La montrer au Monde qui l’ob-
’’serve, à l’adversaire qui l’occupe, dans tout son calme, tout son
’’labeur, toute sa dignité’’

‘’Pour nous tous, dira-t-il aussi, la Patience est peut-être, aujour-
’’d’hui la forme la plus nécessaire du Courage.’’

On peut dire que la Politique, présente et à venir, du Maréchal
vis-à-vis de l’Allemagne, se résume en ces paroles, prononcées le
9 Octobre 1940 :

‘’A la misère, aux troubles, aux répressions et sans doute aux
’’conflits que susciterait une nouvelle Paix faite A LA MANIERE DU
’’PASSE, l’Allemagne peut préférer une Paix, vivante pour le Vain-
’’queur, une Paix génératrice de bien-être pour tous. Le choix
’’appartient d’abord au Vainqueur… il dépend aussi du Vaincu.
’’Si toutes les voies nous sont fermées, nous saurons attendre et
’’souffrir. Si un espoir, au contraire, se lève sur le Monde, nou
’’saurons dominer notre humiliation, nos deuils, nos ruines, EN
’’PRESENCE D’UN VAINQUEUR QUI AURA SU DOMINER SA VICTOIRE ?, NOUS
’’SAURONS DOMINER NOTRE DEFAITE.’’

Ces paroles sont lourdes de sens.

Supposons l’Allemagne victorieuse……Si Hitler est sincère dans
son projet de reconstruction de la vieille Europe, il ne pourra
le réaliser, il ne pourra construire DURABLEMENT que si chaque
Nation, REDEVENUE NATION, est appelée par lui à collaborer à l’oeu-
vre commune… et ceci, LIBREMENT, chacune selon son propre Génie.

Une telle Collaboration est-elle possible ?...... Il est permis
de l’espérer….. Il est permis aussi de n’y pas trop croire…
L’Avenir seul nous révèlera la vraie figure d’Hitler : celle d’un
véritable Génie… ou celle du plus parfait des détrousseurs de
grands-routes.

Si, alors, il commet la folie de vouloir dominer l’Europe
conquise, de la maintenir sous sa botte, alors nous n’avons plus
à nous préoccuper de l’effondrement de son régime.. : il sera rapide
et définitif entraînant avec lui la ruine de l’Allemagne,
le nazisme sera vaincu, ni par des avions et des tanks, ni par des
Flottes maîtresses des Mers, mais par la seule Haine des VAINCUS,
par celle aussi peut-être du propre peuple allemand.

Ce sera l’heure, ALORS, de prendre cette Offensive, si tragiquement
stupide AUJOURD’HUI, cette Offensive dont on parle tant, l’Offensive
dite du ‘’V’’.

 

FEUILLET 2

 

L’encouragement à « la Révolte », l’ordre de combattre et d’attaquer
sont donnés à des civils désarmés, diffusés de part devant le micro-
phone d’un Pays où se trouvent des millions de soldats équipés pour
la Guerre.

Les exaltés, qui croient devoir obéir à ces ordres mériteraient de
la Pitié s’ils n’étaient que des fous… mais ils sont des lâches
aussi : ils frappent dans le dos, sachant très bien que par leurs
gestes isolés, inutiles et sans gloire, ils assassinent du même coup
des cinquantaines de leurs frères innocents.

Je répète « des lâches » … car le jour ou l’on m’apprendra qu’un
Français a assassiné un Allemand, sous le prétexte qu’il fut son
vainqueur et qu’il occupe le sol de sa Patrie, mais qui, son geste
fait, est resté devant sa victime, attendant avec fierté son châti-
ment, je dirai de lui : « Tu es un fou, mais je m’incline devant
toi, car tu es aussi un brave »…… Jusqu’à ce jour, autant que
je sache, le coup, après avoir été lâchement porté, fut chaque fois
suivi d’une fuite honteuse. C’est si peu « français » tout cela que
je suis très disposé à croire que de tels actes ne peuvent être
dictés que par des Ames qui ne sont pas .. ou ne sont plus « françaises ».

 

……………………………………………………………………………………..

Que fait aujourd’hui le Maréchal PETAIN, Chef de l’Etat Français ?
Ce qu’il a toujours fait dans les heures graves de sa Vie glorieuse
IL GARDE SON CALME ; Il donne aussi l’exemple de cette vertu qu’il
conseillait au Peuple de France : « Pour nous tous, la Patience est
peut-être aujourd’hui la forme la plus nécessaire du Courage. »
Il observe… Il attend. Rien jusqu’ici ne lui interdit de croire en
la sincérité de son vainqueur : les Conditions d’Armistice, quoiqu’
on en dise, ont été par Hitler observées.. si modifications il y eut
elles furent chaque fois une victoire due au prestige du Maréchal…
Est-ce une tactique du vainqueur, destinée à tromper la FRANCE ?
L’Avenir, seul, nous le dira.

 

………………………………………………………………………………….

 

L’organisation d’une Europe « nouvelle » ne peut être que l’évolu-
tion logique, inéluctable de cette Guerre, quelqu’en soit l’issue.
Forger cette Europe « une », avec tant de Nations si différentes par
leurs Cultures, leurs Religions, leurs besoins matériels et économiques
ne sera pas, on se l’imagine, tâche aisée…

Nous savons tous très bien, par expérience, que si, durant les guerres,
les Gouvernements se font souvent, l’un à l’autre, de belles promes-
ses et de grandes déclarations d’amour éternel, ils deviennent, dès
la Paix signée, de parfait ennemis : chacun retourne à ses égoïsmes,
à ses intérêts….. De nos jours, soit dit en passant, on fait mieux :
on n’attend guère la Paix pour cela.. Sait-on jamais si l’ami d’hier
ne deviendra pas votre pire ennemi le lendemain……..

Dans ce heures de Folie que traverse notre Humanité, il semble bien
que « OBSERVER et ATTENDRE » soit, en politique extérieure, la seule
conduite d’un Sage… C’est celle de notre CHEF.

 

………………………………………………………………………………………

 

FEUILLET 3

 

C’est à cette Heure de la Reconstruction de l’Europe (qui,
(qu’) on le veuille ou non entraînera celle du Monde) que les ETATS-
UNIS d’AMÉRIQUE pourront avoir à jouer le Rôle le plus glorieux
que jamais Nation eut dans l’Histoire.

Votre grande République, que chacun sait ne pas vouloir abuser de sa
Puissance, chaque jour plus armée, chaque jour plus maîtresse des
richesses du Monde, aura à faire entendre sa Voix.

Je la vois, aidant à relever les ruines et apaisant les vieilles
Haines, tuant les Egoïsmes, présidant à cette Reconstruction du
Monde, lui voulant des assises stables et meilleurs.
Elle seule enfin po(u)rra être l’Organisatrice, acceptée par tous, de
cette Police internationale qui manqua tant à cette autre
Société des Nations, la Mort-née de Genève.

 

Et quand viendra cette Heure, (et elle viendra fatalement)
dans notre vieille Europe épuisée de VAINQUEURS ET DE VAINCUS, il
y aura un Pays, moins épuisé peut-être que les uns ou les autres,
un Pays que votre Presse souvent se plait à diminuer mais que votre
Gouvernement, plus éclairé, semble suivre avec sympathie.. la FRANCE
une FRANCE plus VIRILE, plus BELLE… plus PROPRE.

Alors, cette FRANCE, à l’Ame reforgée, de l’autre côté de
l’Atlantique tendra les deux mains à votre grande République avec une
affection qui sut résister aux mensonges et aux calomnies……
Ainsi se réalisera la parole du MARECHAL :

 

‘’VOUS VERREZ, FRANÇAIS, UNE FRANCE NEUVE SURGIR DE VOTRE
FERVEUR’’

‘’GARDEZ VOTRE CONFIANCE EN LA FRANCE IMMORTELLE’’

 

 

 

 

(signature manuscrite)                      E. de Bisschop

 

 


DOCUMENT 19

 LETTRE D’ERIC DE BISSCHOP A GASTON HENRY-HAYE

26 octobre 1941

 

Lettre manuscrite ajoutée à la précédente

 

 

 

TRANSCRIPTION

 

 

AGENCE CONSULAIRE DE France

Honolulu

Territory of Hawaii

U.S.A.

 

 

26 octobre 1941

 

Monsieur le Ministre,

 

Au moment d’envoyer ma
lettre, je reçois un télégramme
de Monsieur Picot, m’informant
que ma lettre est bien arrivée
à destination.

J’en profite pour vous envoyer
un nouvel article sur le
Maréchal que ma femme fit
paraître, hier, dans la Presse
locale.

Croyez, Monsieur le Ministre,
en mon respect et entier dévouement.

 

                                                                                  E. de Bisschop


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