3 QUELQUES OCEANISTES

SOMMAIRE :
- Charles Vernier (1883-1966)
- Patrick O'Reilly (1900-1988)

Charles Vernier (1883-1966)
Charles Vernier est une personnalité religieuse (pasteur) et un océaniste (spécialisé dans la langue tahitienne), qui a aussi joué un rôle politique dans les EFO dans les années 1945-1949. Une biographie se trouve sur le site des anciens députés à l’Assemblée nationale (le texte ci-dessous en est largement dérivé).

Biographie
Charles Henri Vernier est né à Papeete le 27 juin 1883 et mort à Romans-sur-Isère (Drôme) le 12 juin 1966. Son père était pasteur à Tahiti.

Il part en France en 1895 pour terminer ses études secondaires au lycée de Tournon avant des études de théologie, à Montauban (1903-1907) et à Edimbourg (1908).
Il est d’abord pasteur à Annonay. En 1911, il se marie avec Ruth Christol, dont il aura quatre fils, et revient en Polynésie. Il est pasteur dans les îles Sous-le-Vent de 1912 à 1923. Là, il se perfectionne dans l'usage de la langue tahitienne et dans la connaissance des usages et coutumes locaux. Il dirige le journal protestant en langue tahitienne.
A partir de 1925, il est pasteur à Papeete. En 1936, il devient président du Conseil Supérieur de l'Eglise protestante (Synode). Il prend la direction de l'école pastorale de Tahiti en 1937.
A la demande du gouverneur Bouge, il élabore une grammaire tahitienne destinée aux écoles élémentaires, publiée en 1934. La même année, il publie un ouvrage sur la civilisation polynésienne et l'œuvre des missionnaires :
Tahitiens d'autrefois, Tahitiens d'aujourd'hui.
En 1940, en accord avec l’Eglise protestante, Charles Vernier appuie le ralliement au général de Gaulle et réaffirme son soutien à la France libre tout au long de la guerre. Deux de ses fils sont tués lors des combats en France, en 1944 et 1945.

Charles Vernier se trouve en métropole quand il est sollicité de Tahiti pour représenter les Etablissements français d'Océanie à la première Constituante. Le comité à l’origine de cette requête soutient la politique du général de Gaulle, mais réclame "l'autonomie administrative et financière de la Colonie dans le cadre de l'Empire français". Les préoccupations religieuses sont fortes : "égalité de toutes les religions" et "maintien des subventions des écoles libres". Il s’agit de membres des élites locales qui veulent à la fois maintenir le lien avec la France et bénéficier d’une certaine émancipation. Le choix du pasteur Vernier est judicieux dans la mesure où il est un défenseur des populations locales et où il est respecté de tous. Il accepte tout en indiquant qu'il ne représenterait les EFO que provisoirement. Le 21 octobre 1945, l'élection a lieu en son absence, mais il est très facilement élu avec 11 364 voix sur 14 330 suffrages exprimées soit 80% des voix.
A la Constituante, il est inscrit au groupe Résistance démocratique et socialiste, qui dépend de l’UDSR de René Pleven ; il intervient le 26 mars 1946 pour marquer son approbation à une motion de confiance au gouvernement présentée par des députés des circonscriptions africaines. Il fait notamment remarquer que les EFO ont eu le privilège d’atteindre un tel "degré de bien-être social et économique " qu'ils pourraient servir de modèle aux populations de l'Union française. C'est une vision excessivement optimiste des EFO, qui explique son échec ultérieur.
Comme il l’avait signalé, il n'est pas candidat à la deuxième Constituante ; il est remplacé par l’avocat Georges Ahnne, issu d’une famille de missionnaires protestants.

De 1945 à 1948, Charles Vernier occupe à Paris la chaire de langue tahitienne à l'Ecole des Langues orientales. De retour à Tahiti, en 1948, il se consacre à nouveau à des travaux sur la culture polynésienne.

En 1949, la mort de Georges Ahnne le ramène à la vie politique. Confrontées à la menace d’un succès du leader anticolonialiste Pouvanaa a Oopa, les élites locales sollicitent de nouveau le pasteur Vernier. Pouvanaa a Oopa s'appuie essentiellement sur les milieux populaires à qui il apparaît comme un meilleur défenseur de leurs intérêts. Mais, quoique simple fidèle, c'est aussi une personnalité marquante de l’Eglise protestante, et l'affrontement entre eux deux crée quelque trouble au sein de l’Eglise. Charles Vernier, qui n'a pas senti l'évolution rapide des Polynésiens qui l'appréciaient en tant que pasteur, est battu.

En 1951, il se retire en métropole, à Montélimar. Il milite encore pour la survie et la défense de la langue tahitienne, dont il écrit qu'elle sera "le dernier rempart derrière lequel [le peuple tahitien] abritera sa véritable personnalité" (1959).

Officier des Palmes académiques et chevalier de la Légion d'honneur.

Membre de la Société des études océaniennes et de la Société des Océanistes.

Oeuvres de Charles Vernier
*Charles Vernier, Islamisme et christianisme en Afrique, Imprimerie coopérative, Montauban, 1908. Thèse ou mémoire.
*Charles Vernier, Introduction à la langue tahitienne. Grammaire, vocabulaire usuel, conversation, Besson & Chantemerle, Paris, 1934. 163 p. Réédition augmentée en 1959.
*Charles Vernier et Alexandre Drollet, Grammaire de la langue tahitienne, Maison des Missions, Paris, 1934.
*Charles Vernier, Tahitiens d’autrefois, Tahitiens d’aujourd’hui, Société des Missions évangéliques, Paris, 1934.
*Charles Vernier, Tahitiens d’hier et d’aujourd’hui, Société des Missions évangéliques, Paris, 1948.
*Charles Vernier, Les Variations du vocabulaire tahitien avant et après les contacts européens, Journal de la Société des Océanistes, 1948, volume 4, pages 57-85.

Patrick O'Reilly (1900-1988)
Le nom de Patrick O’Reilly apparaît à deux reprises à propos de Bengt Danielsson, comme coauteur de Gauguin journaliste à Tahiti et ses articles des « Guêpes » et comme auteur de la recension de Work and Life on Raroia (Journal de la Société des océanistes, 1955). Une recherche sommaire montre qu’il s’agit d’une personnalité importante dans l’ethnologie de l’océan Pacifique.
Une biographie a été écrite par :
Sonia Faessel, Itinéraires insulaires. Le père Patrick O’Reilly, sm, Editions Haere Po, Papeete, 2002. (localisation, entre autres : Bibliothèque Sainte-Geneviève).
On trouve aussi à son propos une notice dans les Who’s who des années 1960.

Biographie
Patrick O’Reilly est né le 19 mai 1900 à Saint-Mihiel (Meuse).  Fils d’un officier, Laurent O’Reilly et de son épouse Jeanne Gautier.
Le nom O'Reilly : la naissance à Saint-Mihiel est peut-être liée à la carrière de son père, mais une famille O’Reilly est citée comme famille lorraine dans :
Alain Petiot, Les Lorrains et l’Empire, 2005 (dictionnaire biographique). Par ailleurs, un site de patronymes fournit le nom de famille Farrell O’Reilly, plus particulièrement localisé dans la Meuse. L’apparence irlandaise du nom n’est pas élucidée.

Patrick O'Reilly fait ses études secondaires dans des établissements religieux au Havre et à Saintes, ses études supérieures à la Sorbonne puis à l’EPHE ; il obtient le diplôme de l’Institut d’ethnologie de Paris. Par ailleurs, il entre dans l’ordre des Maristes en 1922 et est ordonné prêtre en 1928.

Il mène ensuite sa vie professionnelle en tant que religieux :
- aumônier de la Réunion des étudiants de 1930 à 1975), avec pour base le « 104, rue de Vaugirard », anciennement foyer d’étudiants catholiques, actuellement centre culturel (lié à l’ordre des Maristes) ;
- missionnaire aux îles Salomon (entre autres) ;

et en tant qu’ethnologue spécialiste de l’Océanie.
- chargé de mission ethnographique (1936-37, 1949, 1953),
- secrétaire général de la Société des océanistes de 1945 à 1973 ;
- membre de l’Académie des sciences d’outre-mer (1956) ;
- chargé de l’organisation du musée Gauguin à Tahiti (1964) ;
- chargé de l’organisation de la section historique du Musée de Tahiti (1973) ;
- commissaire de l’exposition « Sillages polynésiens » (Musée des arts et métiers de Paris) en 1985.

Il décède en août 1988.
La Société des océanistes lui consacre une séance d’hommage le 18 janvier 1989, avec les témoignages de plusieurs collègues : Jean Poirier, Gilles Artur, Colin Newbury et Jacques Faublée.

Oeuvres de Patrick O’Reilly

BIBLIOGRAPHIES ET REPERTOIRES BIOGRAPHIQUES D’OCEANIE
*Patrick O'Reilly, Calédoniens, Répertoire bio-bibliographique de la NC,  Société des Océanistes (PSO no 3), Paris, 1953
*Patrick O'Reilly, Bibliographie méthodique, analytique et critique de la Nouvelle-Calédonie, Société des océanistes (PSO n°4°, Paris, 1955.
*Patrick O'Reilly, Tahitiens, Répertoire biographique de la Polynésie française,  Société des océanistes no 36, Musée de l'Homme, Paris, 1962 et 1975
*Édouard Reitman et Patrick O’Reilly, Bibliographie méthodique, analytique et critique de Tahiti et de la Polynésie française, PSO, 1967
*Patrick O’Reilly et Hugh Laracy, Bibliographie des ouvrages publiés par la mission mariste des îles Salomon, PSO, 1972
*Allan Hanson et Patrick O’Reilly, Bibliographie de Rapa (Polynésie française), PSO, 1973

OUVRAGES GENERAUX SUR L’OCEANIE
*Patrick O’Reilly, La Société de l’Océanie (1844-1854), Imprimerie de l’Est, Besançon, 1930. Extrait de la "Revue d'histoire des missions", juin 1930
*Patrick O’Reilly, Pirogues au Vert-Galant. Souvenirs océaniens de Paris, Autoédition, Paris, 1948.
*Jean Poirier et Patrick O’Reilly, Histoire du costume en Nouvelle-Calédonie, JSO n° 9, 1953
*Jean Poirier et Patrick O’Reilly, Nouvelle-Calédonie : documents iconographiques anciens, Nouvelles Editions latines, Paris, 1953
*Jean Poirier et Patrick O’Reilly, « Océanie », in Histoire des littératures (pp. 1461-1492), Gallimard (collection Encyclopédie de la Pléiade), Paris, 1955
*Jean Poirier et Patrick O’Reilly, Nouvelle-Calédonie. Documents iconographiques anciens, Nouvelles Editions latines (Publications du centenaire de la NC III), Paris, 1959.
*Patrick O’Reilly, Tahiti et l’aviation. Histoire aéronautique de la Polynésie française, PSO, 1974
*Patrick O'Reilly, La danse à Tahiti, Nouvelles éditions latines, Paris, 1977.
*Patrick O’Reilly, « Collections privées », in Histoire des Moeurs, Gallimard, (collection Encyclopédie de la Pléiade), Paris, 19??
*Edmond de Bovis, État de la Société Tahitienne à l'arrivée des Européens. Préface de Patrick O'Reilly 

OUVRAGES RELIGIEUX SUR L’OCEANIE
*Joseph Thérol  et Patrick O'Reilly, Sainte Souffrance. Héros et martyrs de la lèpre, Nouvelles éditions latines, Paris, 1950. L’activité des missionnaires et des soeurs maristes dans la léproserie de Makogaï aux îles Fidji.
*Patrick O'Reilly, Pèlerin du ciel : François Luneau, soldat nantais et missionnaire calédonien, 1890-1950, Editions Alsatia, 1952.
*Histoire générale des religions, Quillet, Paris, 1960. Collaboration.
*Patrick O’Reilly, Tahitian Catholic Church, PSO, 1969

DIVERS
*M. Tavernier et Patrick O’Reilly, L’écriture de Gauguin. Étude graphologique, PSO, 1968
*Patrick O’Reilly, Centenaire de la carte postale (1871-1970). Histoire de la carte postale administrative en France, Le Vieux papier, Paris, 1970