1 Le "consulat" d'Eric de Bisschop à Honolulu

Le titre officiel d’Eric de Bisschop est en fait « Agent consulaire » et non pas « Consul ».

Dans les notices biographiques mentionnées ci-dessous, cette fonction diplomatique est signalée, mais toutes trois indiquent qu’Eric de Bisschop n’a pas pu l’assumer :

*Lefébure : Nommé consul de France aux Hawaï par le maréchal Pétain – qui est son parrain – il se trouve  empêché de rejoindre son poste.

*Taillemitte : Nommé consul de France aux îles Hawaï par le maréchal Pétain dont il était le compatriote et le filleul, il ne put rejoindre ce poste.

*Qui était qui en France : En 1940, il est nommé par le maréchal Pétain consul de France à Hawaï, mais ne peut rejoindre son poste.

Dans son livre, publié en 1962, Bengt Danielsson avait pourtant parlé de ce consulat de façon plus correcte (Introduction, page 22) évoquant même l'arrestation d'Eric de Bisschop (mai 1942. Cf. infra). Cependant, sa présentation en une dizaine de lignes est un peu trop synthétique et ne donne pas une idée réaliste de ce qui s'est passé.

Le fonds d’archives du CADN
Souhaitant élucider ce point, je me suis rendu compte que j’avais à ma disposition une source de premier ordre : le CADN. J'y ai effectivement trouvé un dossier (Fonds Washington, carton 1226, chemise 96) sur l'Agence consulaire d'Honolulu, avec un nombre élevé (67) de documents concernant Eric de Bisschop. ces documents ne viennent pas des archives de l’Agence consulaire d'Honolulu, mais de celles de l’Ambassade de France à Washington : elle contient donc les pièces en provenance de Honolulu ; celles relatives à Honolulu en provenance du Consulat de San Francisco ; des doubles de courriers expédiés de Washington vers Honolulu ou vers San Francisco à propos de Honolulu. La chemise 96, dont les plus anciens documents datent du XIX° siècle, s’achève le 28 octobre 1942, alors que des échanges réguliers avaient encore lieu, bien qu’à cette date Eric de Bisschop ne fût plus agent consulaire. L’interruption concerne l’ensemble du fonds Washington, l’ambassade de France aux Etats-Unis ayant, lors du versement aux Archives nationales, conservé les documents postérieurs à octobre 1942, c’est-à-dire, probablement, postérieurs à la rupture des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et la France de Vichy consécutive au débarquement allié en Afrique du Nord (8 novembre 1942).

Les 70 documents publiés sont les 70 plus récents dans la chemise 96. Les correspondants d’Eric de Bisschop sont pour la plupart des diplomates, les principaux étant : l’ambassadeur, Gaston Henry-Haye et les consuls successifs à San Francisco, Roger Gaucheron, Claude Bréart de Boisanger, Philippe Thiollier (par intérim) et Yves Méric de Bellefon (Index). On trouve aussi des correspondances de l’ambassadeur, notamment avec les Secrétaires d’Etat Cordell Hull et Sumner Welles. De rares documents impliquent le Ministère des Affaires étrangères à Vichy. D’autre part, on trouve des documents non diplomatiques d’Eric de Bisschop ou de son épouse, en particulier une lettre de Constance de Bisschop à Sumner Welles[1].

Ces documents permettent de constater que le mandat et le séjour d'Eric de Bisschop à Honolulu ont été assez mouvementés. Prenant effectivement ses fonctions au début d'août 1941, il est révoqué le 13 décembre, six jours après l’attaque contre Pearl Harbor, par une décision du Département d'Etat non motivée explicitement. En mai 1942 il est même placé trois jours en garde à vue par les services du contre-espionnage (Military Intelligence).

 Un autre aspect important du dossier concerne les activités de propagande, menées en faveur du Maréchal et du gouvernement de Vichy par Eric et Constance de Bisschop ; celle-ci intervient fréquemment[2] dans la presse locale ; elle intervient aussi au moins à deux reprises en faveur de son mari en écrivant directement à Sumner Welles.


[1] Cette lettre, soumise par Eric de Bisschop à l’approbation de l’ambassadeur, n’a donc pas dû être envoyée à son destinataire, car il s’agit de l’original.

[2] Elle est visiblement une « personnalité » à Hawaii. Le 28 août 1942 , le Honolulu Advertiser titre son courrier : « Our apologies extended, Constance ». Le simple prénom de Constance est donc supposé identifiable par le lecteur du journal.


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